Produits toxiques : au jardin aussi !

Des déchets dangereux au jardin ? Et pas qu’un peu !

L’agriculture est logiquement la première activité consommatrice d’engrais chimiques et de pesticides (90%). Néanmoins, les 13 millions de jardiniers amateurs français ont aussi une part de responsabilité dans les pollutions causées par ces produits toxiques. En effet, si la tendance est plutôt aux engrais naturels dans les jardineries, la moitié de nos jardiniers particuliers utilisent toujours des produits phytosanitaires. Et, selon les études, ils ont souvent la main lourde pour embellir leur cadre de vie !

Tous les produits utilisés pour jardiner qui présentent un pictogramme de danger génèrent des déchets dangereux pour l’environnement et la santé. Ce sont principalement les pesticides (herbicides, fongicides, insecticides, molluscicides, taupicides…) et les engrais chimiques.

Ces déchets dangereux sont les résidus de produit, les emballages vides et contenants partiellement utilisés, le matériel et les chiffons souillés.

 

Ils ne doivent en aucun cas être jetés avec les ordures ménagères, vidés dans les canalisations, cours d’eau ou fossés, brûlés ou abandonnés dans la nature : ils polluent durablement l’environnement (eaux, sols, air) et sont toxiques pour les êtres vivants, même à faible dose. Ils peuvent ainsi contaminer la chaîne alimentaire et constituent aujourd’hui une véritable priorité sanitaire.

Afin de limiter ces risques, les déchets liés à l’utilisation de produits dangereux dans le jardin et les espaces verts doivent être apportés en déchèterie, dans leur emballage d’origine ou, à défaut, dans un emballage étiqueté mentionnant la nature du déchet.

Néanmoins, même si leurs déchets sont correctement éliminés, ces produits demeurent dangereux pour l’environnement, la santé des hommes et celle des animaux domestiques du seul fait de leur utilisation.

Aussi est-il nécessaire de les utiliser le moins possible ou de les remplacer par des produits moins toxiques ou des solutions écologiques. Ces solutions sont désormais mises en avant par de nombreuses enseignes de jardinage.

 

Crédit ©Arnaud Bouissou/METL-MEDDE

 

Reconnaître les produits dangereux au jardin

Les pesticides ou produits phytosanitaires

Les pesticides ou phytosanitaires sont des produits utilisés pour prévenir ou éliminer la présence d’organismes jugés indésirables, qu’il s’agisse de plantes, d’insectes, de champignons ou de bactéries.

Lors d’un traitement, les produits phytosanitaires détruisent leur cible, mais diffusent également dans les sols, les eaux, l’air et les plantes. Certains d’entre eux vont en outre persister longtemps dans l’environnement. A titre d’exemple, on relève toujours dans la nature des traces de DDT, insecticide pourtant interdit depuis 1972...

 

  • La contamination de l’eau

La contamination des cours d’eau est avérée par les contrôles effectués chaque année par les autorités. Elle se généralise : en 2011, 93 % des points de mesure affichaient la présence de pesticides, contre 91 % en 2010 (source : Commissariat général au développement durable, « Contamination des cours d’eau par les pesticides en 2011 », juillet 2013). Cette pollution menace directement les espèces aquatiques. Plus de la moitié des nappes souterraines sont aussi contaminées.

 

  • La contamination de la chaîne alimentaire

Contaminés par la terre et par l’eau, les fruits et les légumes renferment des résidus de produits phytosanitaires. Les animaux d’élevage, qui consomment également des végétaux contaminés, sont naturellement également concernés.

En bout de chaine alimentaire, nous retrouvons donc ces résidus dans l’essentiel de nos aliments.

 

  • Les risques pour l’homme

À chaque fois que nous mangeons et que nous buvons de l’eau, nous ingérons donc des résidus de pesticides. En petite quantité, mais régulièrement. Or de nombreux pesticides sont suspectés d’avoir un effet perturbateur endocrinien (source : Observatoire régional de la santé Rhône-Alpes, « Les perturbateurs endocriniens (PDF) », décembre 2013), c’est-à-dire qu’ils interfèrent avec le fonctionnement hormonal de notre corps, même à très faible dose. Cette exposition chronique constitue donc un risque sanitaire réel, avec, selon certains experts, des troubles importants sur la santé : troubles de la reproduction (baisse de la fertilité féminine et masculine, fausses couches…), malformations du système reproducteur, cancers, leucémies, maladies et troubles neurologiques (Parkinson…).

C’est pourquoi les autorités ont lancé, suite au Grenelle Environnement, un plan Écophyto 2018 à destination de tous les usagers de produits phytosanitaires, visant à réduire de 50% l’usage des pesticides en France.

 

 

Les principaux pesticides utilisés par les jardiniers amateurs

  • Les herbicides

Utilisés pour éliminer certaines herbes ou plantes

Danger particulier  : laisser un enfant ou un animal domestique jouer sur une pelouse ou une allée récemment traitée : réactions irritatives ou digestives.

 

  • Les fongicides

Utilisés pour lutter contre les maladies causées par des champignons

Danger particulier : les fongicides sont particulièrement irritatifs au contact lors de l’application.

 

  • Les insecticides

Utilisés contre les insectes considérés comme nuisibles

Danger particulier : plusieurs familles d’insecticides reposent sur des mécanismes neurotoxiques fortement soupçonnés de provoquer des risques neurologiques chez l’homme, soit en cas d’intoxication aiguë, soit d’exposition régulière et prolongée.

 

  • Les molluscicides

Utilisés pour éliminer limaces et escargots

Danger particulier : Le métaldéhyde est la substance active de la plupart des molluscicides (« granulés bleus »). Les animaux, et surtout les chiens, peuvent l’ingérer accidentellement. Les symptômes sont des vomissements et des convulsions pouvant entraîner la mort. Il n’y a pas d’antidote spécifique.

 

  • Les taupicides et rodenticides

Utilisés contre les taupes et rongeurs

Danger particulier : pour les enfants, les animaux domestiques et les animaux non-cibles qui peuvent les ingérer accidentellement. Les produits anticoagulants sont les plus utilisés car il existe un antidote à l’empoisonnement.

Pesticides, danger commun lors de l’application : 95% des risques liés aux pesticides lors de l’application tiennent au contact du produit avec la peau ou les yeux. Les symptômes vont de la réaction allergique aux irritations cutanées en passant par les maux de tête, diarrhées et vomissements.

Pesticides, danger commun pour l’environnement : la dispersion et la pollution persistante de l’air, des sols et des eaux ; la contamination chronique des maillons de la chaîne alimentaire soupçonnée d’entraîner une augmentation significative de plusieurs pathologies pour l’homme.

 

Les engrais chimiques

Les engrais chimiques de synthèse apportent un meilleur rendement des cultures potagères comme une floraison et une fructification plus abondantes.

Néanmoins, ils appauvrissent les sols en court-circuitant le processus microbien naturel et les excédents de nitrates et de phosphates non assimilés par le sol contaminent les rivières et les nappes phréatiques par infiltration ou lessivage.

 

  • Les engrais azotés

Présent naturellement dans l’atmosphère, l’azote est important pour la croissance des plantes. Les engrais chimiques en apportent de grandes quantités.

 

  • Les engrais potassiques

La potasse est naturellement présente dans les terres, dans des proportions variables. Des cultures comme les pommes de terre, les betteraves, ou encore la vigne sont voraces en potasse.

 

  • Les engrais phosphatés

Ils apportent phosphore, aluminium, azote et calcium à la terre.

 

Le danger des engrais chimiques pour l’environnement :

Les phosphates apportent un excès de nutriments à l’eau qui se traduit par une croissance excessive des algues et une diminution de l’oxygène, ce qui modifie l’écosystème et détruit la biodiversité.

Les engrais azotés sont riches en nitrates qui sont très solubles dans l’eau et représentent une cause majeure des pollutions aquatiques.

Ces engrais sont codés par leur symbole chimique : N pour l’azote, P pour le phosphore, K pour le potassium. Ils sont souvent combinés pour plus d’efficacité (engrais NPK).

Chiffres-clés

Plus de 59 300 tonnes pesticides sont utilisées en France chaque année. La consommation nationale annuelle d’engrais chimiques est de 3,5 millions de tonnes.

90 % des pesticides répandus sont à usage agricole. Deux tiers des usages non agricoles sont imputables aux jardiniers amateurs et un tiers à l’entretien des voies de transports (route, rail…) et des espaces verts (parcs, jardins publics, cimetières).

500 pesticides environ entrent dans la composition de plus de 8 000 produits commercialisés en France.

 

Il y a 13 millions de jardiniers amateurs en France, dont la moitié utilisent des produits phytosanitaires.

 

Plus de 450 déchèteries en Rhône-Alpes acceptent les déchets dangereux des ménages, dont les produits phytosanitaires. La quasi-totalité de la population régionale a ainsi accès à ce service.

10 653 tonnes de déchets dangereux diffus des ménages ont été collectées en 2011 par les déchèteries rhônalpines, soit 9 % de plus qu’en 2010. Cela représente 2 kg par habitant.

Source : Sindra

 

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